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Quote by Anne Bert

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Le tout dernier été

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Anne Bert

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“On a pu remarquer que Cl. Bernard use indifféremment de deux expressions qui sont variations quantitatives et différences de degré, c’est-à-dire en fait de deux concepts, homogénéité et continuité, du premier implicitement, du second expressément. Or, l’utilisation de l’un ou de l’autre de ces concepts n’entraîne pas les mêmes exigences logiques. Si j’affirme l’homogénéité de deux objets je suis tenu de définir au moins la nature de l’un des deux, ou bien quelque nature commune à l’un et à l’autre. Mais si j’affirme une continuité, je puis seulement intercaler entre des extrêmes, sans les réduire l’un à l’autre, tous les intermédiaires dont j’ai la disposition, par dichotomie d’intervalles progressivement réduits. C'est si vrai que certains auteurs prennent prétexte de la continuité entre la santé et la maladie pour se refuser à définir l'une ou l'autre. Il n'existe pas, disent-ils, d'état normal complet, pas de santé parfaite. Cela peut vouloir dire qu'il n'y a que des malades. Molière et Jules Romains ont montré plaisamment quel genre de iatrocratie peut justifier cette affirmation. Mais cela pourrait aussi bien signifier qu'il n'y a pas de malades, ce qui n'est pas moins absurde. On se demande si en affirmant sérieusement que la santé parfaite n'existe pas et que par suite la maladie ne saurait être définie, des médecins ont soupçonné qu'ils ressusciteraient purement et simplement le problème de l'existence du parfait et l'argument ontologique.”

“L'anomalie éclate dans la multiplicité spatiale, la maladie éclate dans la succession chronologique. Le propre de la maladie c'est de venir interrompre un cours, d'être proprement critique. Même quand la maladie devient chronique, il y a un autrefois dont le patient ou l'entourage garde la nostalgie. Le propre de l'anomalie c'est d'être constitutionnelle, congénitale, même si l'apparition retarde par rapport à la naissance et n'est contemporaine que de l'exercice de la fonction. Le porteur d'une anomalie ne peut donc être comparé à lui-même.”

“S'il est possible en effet de comparer la gesticulation d'un adulte malade à celle d'un enfant, l'assimilation essentielle de l'une à l'autre aboutirait à la possibilité de définir symétriquement le comportement de l'enfant comme celui d'un adulte malade. Ce serait une absurdité, par méconnaissance de cette avidité qui pousse l'enfant à se hausser constamment à de nouvelles normes, si profondément opposé au souci de conservation qui guide le malade dans le maintien obsédant et souvent épuisant des seules normes de vie à l'intérieur desquelles il se sent à peu près normal, c'est-à-dire en position d'utiliser et de dominer son milieu propre.”

“Ce que Goldstein a révélé chez ses malades c'est l'instauration de nouvelles normes de vie par une réduction du niveau de leur activité, en rapport avec un milieu nouveau mais rétréci. Le rétrécissement du milieu, chez les malades atteints de lésions cérébrales, répond à leur impuissance à répondre aux exigences du milieu normal, c'est-à-dire antérieur. En milieu non sévèrement abrité, ces malades ne connaîtraient que des réactions catastrophiques ; or pour autant que le malade ne succombe pas à la maladie, son souci est d'échapper à l'angoisse des réactions catastrophiques. D'où la manie de l'ordre, la méticulosité de ces malades, leur goût positif de la monotonie, leur attachement à une situation qu'ils savent pouvoir dominer. Le malade est malade pour ne pouvoir admettre qu'une norme. Pour employer une expression qui nous a déjà beaucoup servi, le malade n'est pas anormal par absence de norme, mais par incapacité d'être normatif.”

“La vie ne connaît pas la réversibilité. Mais si elle n'admet pas le rétablissement, la vie admet des réparations qui sont vraiment des innovations physiologiques. La réduction plus ou moins grande de ces possibilités d'innovation mesure la gravité de la maladie. Quant à la santé, au sens absolu, elle n'est pas autre chose que l'indétermination initiale de la capacité d'institution de nouvelles normes biologiques.”