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Oeuvres

Book by Emil M. Cioran · 5 quotes · Sur Les Cimes Du Désespoir, Animal, Bram Stoker

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Oeuvres Quotes

“Il ne fait aucun doute pour moi que la sagesse est le but principal de la vie et c'est pourquoi je reviens toujours aux stoïciens. Ils ont atteint la sagesse, on ne peut donc plus les appeler des philosophes au sens propre du terme. De mon point de vue, la sagesse est le terme naturel de la philosophie, sa fin dans les deux sens du mot. Une philosophie finit en sagesse et par là même disparaît.”

“Nous nous tûmes l'un et l'autre ; pendant que nous attendions, je l'examinai. Un homme petit et râblé, brun comme un grain de café, ayant peut-être une tendance à engraisser, mais pour le moment excessivement mince. Les rides profondes de son visage et de son cou n'étaient pas seulement dues aux années et aux intempéries : elles indiquaient à ne pas s'y tromper les endroits où la chair ou la graisse avait fondu et où la peau s'était détendue. Le cou était simplement une surface où s'entrecroisaient les sillons et les rides et portait les traces laissées par le soleil brûlant du désert. L'Extrême-Orient, les Tropiques, le désert, chaque région laissait sa marque colorée. Mais toutes les trois étaient différentes ; et un œil qui avait su une fois pouvait ainsi les distinguer aisément. La pâleur bistrée pour le premier ; le brun rouge et violent pour la seconde ; et pour le troisième, le hâle sombre et profond qui avait pris, semblait-il, le caractère d'une coloration permanente. Mr. Corbeck avait une grosse tête pleine et massive ; avec des cheveux en désordre, d'un brun-rouge foncé, dégarnis sur les tempes. Son front était beau, haut et large ; et pour employer les termes de la physiognomonie, le sinus frontal était hardiment marqué. Sa forme carrée traduisait l'esprit raisonneur ; et la plénitude sous les yeux le don des langues. Il avait le nez court et large qui dénote l'énergie ; le menton carré - qu'on discernait malgré la barbe épaisse et non soignée - et la mâchoire massive qui montrent l'esprit de décision. « Un homme pas mal pour le désert ! » me disais-je en le regardant.”

“Plus je lis les pessimistes, plus j'aime la vie. Après une lecture de Schopenhauer, je réagis comme un fiancé. Schopenhauer a raison de prétendre que la vie n'est qu'un rêve. Mais il commet une inconséquence grave quand, au lieu d'encourager les illusions, il les démasque en laissant croire qu'il existerait quelque chose en dehors d'elles. Qui pourrait supporter la vie, si elle était réelle? Rêve, elle est un mélange de charme et de terreur auquel nous succombons.”

“Je suis de plus en plus certain que l'homme est un animal malheureux, abandonné dans le monde, condamné à se trouver une modalité de vie propre, telle que la nature n'en a jamais connu. Sa prétendue liberté le fait souffrir plus que n'importe quell forme de vie captive dans la nature. Rien d'étonnant, par conséquent, à ce que l'homme en arrive parfois à être jaloux d'une plante, d'une fleure. [...] Seule cette échappée cosmique, vécue suivant l'arabesque des formes vitales et le pittoresque des plants, saurait réveiller en moi l'envie de redevenir homme. Car si la différence de l'animal à l'homme consiste en ceci, que le premier ne saurait être autre chose qu'animal, tandis que l'homme peut être non-homme, c'est-à-dire autre chose que lui-même - eh bien, je suis un non-homme.”

“### Pauvreté de la sagesse Je hais les sages pour leur complaisance, leur lâcheté et leur reserve. J'aime infiniment plus les passions dévorantes que l'humeur égale qui rend insensible au plaisir comme à la douleur. Le sage ignore le tragique de la passion et la peur de la mort, de même qu'il méconnait l'élan et le risque, l'héroisme barbare, grotesque ou sublime. Il s'exprime en maximes et donne des conseils. Le sage ne vit rien, ne ressent rien, il ne désire ni n'attend. Il se plaît à niveler les divers contenus de la vie, et en assume toutes les conséquences. Bien plus complexes me semblent ceux qui, malgré ce nivellement, ne cessent pourtant de se tourmenter. L'existence du sage est vide et stérile, car dépourvue d'antinomies et de désespoir. Mais les existences que dévorent des contradictions insurmontables sont infiniment plus fécondes. La résignation du sage surgit du vide. et non du feu intérieur. J'aimerais mille fois mieux mourir de ce feu que du vide et de la résignation.”