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Marceline Loridan-Ivens Books

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L'Amour après

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“j'ai senti monter quelque chose que je n'avais encore jamais senti, des frissons, des décharges dans tout mon corps qui s'éveillait, se déverrouillait, alors la peur s'en est mêlée, peur de l'architecte autant que de moi, peur de me laisser aller, du plaisir qu'il était capable de me donner, c'était si nouveau, je venais de découvrir les mille terminaisons nerveuses de mon clitoris.”

“Tout le monde a quelque chose à cacher, elle, c'est une survivante qui trimbale son enfer avec elle, qui commande encore à ses nerfs, à ses muscles, et a tout asséché en elle. Elle laisse les mains de Freddie se promener sous ses vêtements, elle ne sent rien, son corps ne frémit pas, ne se réchauffe pas, ne s'excite pas sous les caresses insistantes. Elle finit par dire oui et je n'ai pas souvenir d'un sentiment de plénitude. C'était fait, voilà tout.”

“La jeune fille était probablement plus exigeante, plus gourmande que la moyenne. Elle avait déjà deux tentatives de suicide derrière elle. Je me souviens d'elle allongée sur un lit d'hôpital, qui cherchait à fixer un point indéfini sur le mur immaculé pour ne plus entendre les gémissements des autres, pour tromper le temps, les allées et les venues des infirmières au masque dur et impassible, mais qui finissait par se retrouver face à elle-même, qu'était-elle devenue, sinon encore un numéro à qui il fallait administrer ceci et cela.”

“Toutes ces pages n'ont pas toujours de date, encore moins de visage, mais elles supposent qu'un homme s'est assis devant une table, un stylo à la main, qu'il a pris le temps de chercher les mots, peut-être de me répondre. Nous écrivions bien je trouve, et qu'importe finalement que l'élan ait duré une heure, une semaine, un mois ou un an, je sens nos cœurs serrés d'alors, l'ombre de la guerre derrière nous, qui nous commande de vivre. [...] Il fallait que nous fassions des phrases amicales, amoureuses, fâcheuses et menteuses. Il nous fallait nous écrire pour raisonner et nous orienter dans ce monde. Nous allions dans les graves du drame, puis dans les aigus du bonheur. Tout est là, dans une valise.”

“Il m'a fallu du temps pour comprendre que le plaisir vient du fantasme, puis de l'abandon. J'avais peur de l'abandon, c'était l'une des pires choses au camp, se relâcher, abandonner la lutte de chaque jour, flirter avec volupté vers l'idée que tout vous est égal, et devenir une loque qui n'attend plus que la mise à mort.”

“Non décidément je n'écrirai pas... Il ne faut pas, il faut "continuer"." C'est une lettre à moi-même. La jeune fille interrompt la survivante : "Tais-toi, tout dire, c'est mourir." Elles cohabitent dans le même corps, l'une cherche la vie, l'autre flirte encore avec la mort. Il m'a fallu du temps pour les réconcilier.”

“c'est que je ne suis pas nette, pas franche, je n'ai pas grand-chose à donner et je ne sais pas le donner, je ne sais pas lâcher prise, je n'aime pas qu'on me touche, je n'aime pas me déshabiller. Sans qu'ils le sachent, et sans que je le sache non plus d'ailleurs, je déposais mon passé, mon impasse, ma dureté entre leurs mains, même brièvement.”