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Michel Heller Quotes

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Famous Michel Heller Quotes

“Quelque huit millions de personnes sont ainsi soumises par une armée de trente mille cavaliers. Les historiens réfutent aujourd’hui les récits des contemporains sur les centaines de milliers de « païens sauvages », détruisant tout sur leur passage. La force principale des Mongols, leur « bombe atomique » est le cheval. Chaque cavalier se doit d’en posséder trois, un de rechange et un autre pour son bagage. Une armée, fût-elle de cent mille hommes (or, les chroniqueurs parlent de deux cent cinquante à trois cent mille), aurait besoin d’une quantité de chevaux telle qu’elle ne pourrait trouver à les nourrir que dans certaines régions bien délimitées de l’empire conquis. La première bataille opposant Russes et Tatars sur les bords de la Kalka s’achève, nous l’avons vu, par la victoire des envahisseurs. L’une des raisons en est le petit nombre des guerriers mongols (trente mille) qui donne l’illusion aux armées russo-polovtsiennes de la faiblesse ennemie. En conséquence, les princes n’ont pas besoin de s’unir ni de mener une action concertée. La faiblesse démographique des Mongols exclut, de la même façon, qu’ils occupent les territoires conquis.”

“La langue russe a gardé pour toujours des termes financiers d’origine tatare : kazna (trésor), kaznatcheï (trésorier), tamojnia, tamga (douane), kabala (asservissement temporaire pour cause de dettes), kabak (établissement autorisé à vendre des boissons alcoolisées). Sans oublier le mot diengui (l’argent) et la désignation des pièces de monnaie : kopeck, altyne. Le système fiscal mongol devait demeurer des siècles durant en Russie, sans équivalent dans toute l’Europe féodale.”

“La Russie d’Alexandre III appartient indubitablement au club très fermé des grandes puissances. Ses dimensions (elles s’agrandiront encore sous le règne de ce tsar épris de paix), sa population (de cent vingt-neuf millions de personnes selon le premier recensement général de 1897), en sont des preuves convaincantes. Dans la période qui suit les réformes, le pays se développe rapidement sur le plan industriel. Entre 1860 et 1913, l’augmentation de la production est de 5 % en moyenne, et dans les années 1890, elle atteint presque les 8 %. L’essor économique, fortement stimulé sous le règne d’Alexandre III, se poursuivra, à une cadence non moins rapide sous celui de son fils, Nicolas II. En 1914, la Russie sera la quatrième puissance industrielle, son commerce extérieur la placera au sixième rang mondial.”

“Alexandre Nevski a d’ailleurs toutes les raisons de penser que les « Allemands », comme on appelle alors tout ce qui vient d’Occident, constituent un danger plus effrayant que les Tatars. Les croisés occupent les territoires qu’ils conquièrent, ce que ne font pas les Tatars ; il y bâtissent des forteresses, des villes, s’emparent des terres. Les croisés, les « chiens-chevaliers » comme les nommera Marx, convertissent au catholicisme les populations soumises. Là encore, ils se distinguent des Tatars, très tolérants sur le plan religieux.”

“Arnold Toynbee voit dans les événements qui vont suivre la preuve de la justesse de sa théorie du défi et de la réponse. Pour lui, la puissante pression exercée sur la Russie par le monde occidental au XVIIe siècle – qui devait amener l’armée polonaise à Moscou et donner aux Suédois le littoral de la Baltique – fut « le principal point de concentration des forces vitales russes ». À cette pression, écrit l’historien anglais, « Pierre le Grand allait répondre en construisant, en 1703, Saint-Pétersbourg, sur le territoire repris par les armes aux Suédois... »”

“Le terme de « joug » est sans ambiguïté. En revanche, la notion de « joug tatar » mérite d’être définie, élucidée, commentée. Elle sert, jusqu’à ce jour, à justifier l’arriération de la Russie, à expliquer la voie particulière qu’elle a suivie dans son développement. L’alibi du « joug tatar » est, en fin de compte, une façon de « présenter la note » à l’Occident, sauvé par la Russie de l’invasion mongole.”

“Au XVIe siècle, la Russie moscovite fait connaissance avec la vodka. Inventée par les Arabes au IXe siècle (al- kohl), l’eau-de-vie pénètre en Europe occidentale au XIIIe siècle et, jusqu’au XVIe, n’est utilisée que comme médicament ; elle se vend d’ailleurs dans les pharmacies. À la fin du XIVe siècle, les Génois l’apportent enussie méridionale puis, à compter de la première moitié du XVIe siècle, elle se répand dans tout le nord-est.”

“La catastrophe du Temps des Troubles apparaît, vue de la fin du XXe siècle, comme un modèle d’effondrement étatique ; en 1917 et en 1990, l’empire tsariste et l’Union soviétique tomberont, pour l’essentiel, de la même manière : discrédit de l’élite, absence de leaders, mouvements spontanés, disparition du centre et autonomisation (recherche de souveraineté) des diverses composantes.”