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Quote by Jorge Semprún

“Soudain mon corps devenait problématique, se détachait de moi, vivait de cette séparation, pour moi, contre moi, dan l'agonie de la douleur. Les types de Baas, le chef de la Gestapo locale, me sus­pendaient haut et court par les bras tirés en arrière, mains serrées dans le dos par des menottes. Ils me plongeaient la tête dans l'eau de la baignoire, délibérément souillée de détritus et d'excréments. Mon corps étouffait, devenait fou, demandait grâce, ignoblement. Mon corps s'affirmait dans une insurrection viscérale qui prétendait me nier en tant qu'être moral. Il me demandait de capituler devant la torture, il l'exigeait. Pour sortir vain­queur de cet affrontement avec mon corps, il me fallait l'asservir, le maîtriser, l'abandonnant aux affres de la douleur et de l'humiliation. Mais c'était une victoire à chaque minute remise en question et qui me mutilait, de surcroît, en me faisant haïr une part de moi essentielle, que j'avais jusqu'alors vécue dans l'insouciance et le bonheur physique. Pourtant, chaque journée de silence gagnée à la Gestapo, si elle éloignait mon corps de moi, carcasse pantelante, me rapprochait de moi-même. De la surprenante fermeté de moi-même : orgueil inquiétant, presque indécent, d'être homme de cette inhumaine façon.”

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Work

L'écriture ou la vie

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Author

Jorge Semprún

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“Ces châteaux et ces cathédrales n'ont pu être bâtis par des chétifs ni par des tristes. Il y a à la fois une raison et une audace de la raison dans le plan des cathédrales qui ne peuvent être comprises seulement comme l'effet d'une ardente foi extra-terrestre, mais comme confiance dans la vie, joie de vivre, affirmation exubérante de l'immédiat.”

“La plus belle image d’affection que l’on puisse imaginer, ce sont deux personnes âgées qui s’aiment encore. À vingt ans, il est facile d’être tendre, ça vous vient tout seul. Parfois trop et, au vrai, ce n’est pas toujours aisé à vivre, mais nous sommes faits pour cela, dans la tête, dans le corps. Alors qu’à soixante-dix ans, il faut véritablement s’aimer au fond.”