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Temps Quotes

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Temps Quotes

“S’il est quelquefois logique de s’en rapporter à l’apparence des phénomènes, ce premier chant finit ici. Ne soyez pas sévère pour celui qui ne fait encore qu’essayer sa lyre : elle rend un son si étrange ! Cependant, si vous voulez être impartial, vous reconnaîtrez déjà une empreinte forte, au milieu des imperfections. Quant à moi, je vais me remettre au travail, pour faire paraître un deuxième chant, dans un laps de temps qui ne soit pas trop retardé. La fin du dix-neuvième siècle verra son poète (cependant, au début, il ne doit pas commencer par un chef d’œuvre, mais suivre la loi de la nature) ; il est né sur les rives américaines, à l’embouchure de la Plata, là où deux peuples, jadis rivaux, s’efforcent actuellement de se surpasser par le progrès matériel et moral. Buenos-Ayres, la reine du Sud, et Montevideo, la coquette, se tendent une main amie, à travers les eaux argentines du grand estuaire. Mais, la guerre éternelle a placé son empire destructeur sur les campagnes, et moissonne avec joie des victimes nombreuses. Adieu, vieillard, et pense à moi, si tu m’as lu. Toi, jeune homme, ne désespère point ; car, tu as un ami dans le vampire, malgré ton opinion contraire. En comptant l’acarus sarcopte qui produit la gale, tu auras deux amis !”

“Il s'étonna de réfléchir sur des problèmes qu'il ne s'était jamais posés. Et pourtant revenait contre lui, avec un murmure mélancolique, la masse des douceurs qu'il avait toujours écartées: un océan perdu. "Tout cela est donc si proche?..." Il s'aperçut qu'il avait peu à peu repoussé vers la vieillesse, pour "quand il aurait le temps" ce qui fait douce la vie des hommes.(...) Mais il n'y a pas de paix. Il n'y a peut-être pas de victoire.”

“Il s'aperçut qu'il avait peu à peu repoussé vers la vieillesse, pour "quand il aurait le temps" ce qui fait douce la vie des hommes. Comme si réellement on pouvait avoir le temps un jour, comme si l'on gagnait, à l'extrémité de la vie, cette paix bienheureuse que l'on imagine. Mais il n'y a pas de paix. Il n'y a peut-être pas de victoire. Il n'y a pas d'arrivée définitive de tous les courriers. (p31)”

“L’écriture est un moyen de saisir l’instant. Pas comme dans l’expression carpe diem, parce que l’écriture en simultané, tout comme la prise frénétique de photos, masque le réel au moment où il se produit, empêche de vivre le voyage. L’écriture n’est pas une photo qui figerait à jamais une seconde d’intense singularité – quitte à la provoquer, comme le font parfois les photographes. Elle est un cliché à postériori, qui essaie d’embrasser tout le souvenir de l’instant. Dans le petit ou grand écart entre le temps racontant et le temps raconté se situe tout le jeu et tout l’enjeu des récits – ceux du réel ou ceux de la fiction. La poésie, elle qui ne nécessite pas la narration, permet de condenser les temps en une seule énonciation qui les contient tous.”

“Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.”

“Apparence de paix Pas de carnage ici, pas de mise à mort. Les drames de l'histoire sont parfois comme une musique qui demeure au fond d'un champ où l'on marche parmi le bruissement du maïs, aimanté par des oiseaux fous à l'orée du bois et sous un ciel que strie la fumée blanche d'un avion — en haute altitude, des voyageurs sans doute sirotent l'apéro dans une carlingue qui les protège du froid absolu — mais ici-bas sous le vent tiède de septembre la terre joue sa partition ancienne, les enfant des fermes s'en sont allés en sifflant dans l'herbe et des veuves inconsolables hantent toujours les parages de la rivière que l'on dit paresseuse, à croire que le jour entier va refermer sur elle sa masse bleue, elles seront dans la caverne du temps, les années chanteront leur absence et très haut, oiseaux et bolides iront vers ailleurs en ignorant tout de leurs peines, leurs douleurs, leurs coffres remplis de robes d'un autre âge.”

“Així s’expressa el temps, sense cap llei d’impietat, i és bo saber-ho i dir-ho per assajar de viure amb els sentits i els sentiments en perpètua vigília. Mirar la vida cara a cara és un recomanable i prudent exercici d’humilitat, una activa i discreta conspiració que ens apropa a aquell nucli tan oblidat de nosaltres mateixos en què a vegades és dur descobrir-se. Créixer també és saber que la tristesa i fins i tot l’afront no són, per sort, exclusiva dels vils, sinó un grotesc patrimoni de tots, i que pels ulls dels marginats, dels pobres, dels vençuts, se’ns en va a tots plegats el goig de viure harmoniosament i amb alegria.”

“Si on bouge sans cesse, on impose un sens, une direction au temps. Mais si on s'arrête en se butant comme un âne au milieu du sentier, si on se laisse emporter par la rêverie, alors même le temps s'arrête et n'est plus ce fardeau qui pèse sur nos épaules. Si on ne le porte pas il verse, il se répand tout autour comme la tache d'encre que ma plume faisait toute seule, droite en équilibre sur le buvard, pour retomber ensuite, vide.”

“Puisque c'est ainsi. Puisque le temps sépare ceux qui s'aiment et que rien ne dure. Ce que nous vivions là, et nous en étions conscients tous les quatre, c'était un peu de rab. Un sursis, une parenthèse, un moment de grâce. Quelques heures volées aux autres... Pendant combien de temps aurions-nous l'énergie de nous arracher ainsi du quotidien pour faire le mur? Combien de permissions la vie nous accorderait-elle encore? Combien de pieds de nez? Combien de petites grattes? Quand allions-nous nous perdre et comment les liens se distendraient-ils? Encore combien d'années avant d'être vieux?”

“Pourquoi les aiguilles des horloges effectuent-elles le tour d’un cadran au lieu de monter et descendre le long d’une colonne, comme le mercure d’un thermomètre ? On aurait moins le sentiment de tourner en rond. Bien sûr, les secondes n’en finissent jamais de mourir au musée du monde, et le billet d’entrée n’est pas valable éternellement, mais enfin, vous connaissez ce dessin de Charles Schulz ? Charlie Brown et Snoopy sont assis sur un ponton, au bord de l’eau. « Nous allons tous mourir un jour », se désole Charlie Brown. Et Snoopy lui répond : « Mais pas lors des autres jours. » Il circule une traduction moins littérale, mais plus exacte du propos de Snoopy : « Oui, mais tous les autres jours, nous allons vivre. » C’est la version que je préfère. Ce n’est pas parce qu’il est impossible de faire reculer le temps qu’il faut renoncer à casser la gueule aux chronomètres.”

“Car le fait que nous ne disposions pas d'une quantité infinie de temps ne signifie nullement que celui-ci serait en soi une denrée rare, nécessitant, dans une optique de "rendement optimal", un procès d'égalisation des masses "homogènes" de dépense d'énergie humaine. Il n'y avait vraiment que la socialisation de la valeur et son diktat du travail abstrait pour donner le jour à une idée aussi aberrante.”