Quotessence
Home / Topics / Enfance Quotes

Enfance Quotes

Browse 25 quotes about Enfance.

Enfance Quotes

“Vous avez été enfant, lecteur, et vous êtes peut-être assez heureux pour l'être encore. Il n'est pas que vous n'ayez plus d'une fois (et pour mon compte j'y ai passé des journées entières, les mieux employées de ma vie) suivi de broussaille en broussaille, au bord d'une eau vive, par un jour de soleil, quelque belle demoiselle verte ou bleue, brisant son vol à angles brusques et baisant le bout de toutes les branches. Vous vous rappelez avec quelle curiosité amoureuse votre pensée et votre regard s'attachaient à ce petit tourbillon sifflant et bourdonnant, d'ailes de pourpre et d'azur, au milieu duquel flottait une forme insaisissable voilée par la rapidité même de son mouvement. L'être aérien qui se dessinait confusément à travers ce frémissement d'ailes vous paraissait chimérique, imaginaire, impossible à toucher, impossible à voir. Mais lorsque enfin la demoiselle se reposait à la pointe d'un roseau et que vous pouviez examiner, en retenant votre souffle, les longues ailes de gaze, la longue robe d'émail, les deux globes de cristal, quel étonnement n'éprouviez-vous pas et quelle peur de voir de nouveau la forme s'en aller en ombre et l'être en chimère ! Rappelez-vous ces impressions, et vous vous rendrez aisément compte de ce que ressentait Gringoire en contemplant sous sa forme visible et palpable cette Esmeralda qu'il n'avait entrevue jusque-là qu'à travers un tourbillon de danse, de chant et de tumulte.”

“Je ne crois pas qu’il y ait rien au monde de plus riant que les idées qui s’éveillent dans le cœur d’une mère à la vue du petit soulier de son enfant. Surtout si c’est le soulier de fête, des dimanches, du baptême, le soulier brodé jusque sous la semelle, un soulier avec lequel l’enfant n’a pas encore fait un pas. Ce soulier-là a tant de grâce et de petitesse, il lui est si impossible de marcher, que c’est pour la mère comme si elle voyait son enfant. Elle lui sourit, elle le baise, elle lui parle. Elle se demande s’il se peut en effet qu’un pied soit si petit ; et, l’enfant fût-il absent, il suffit du joli soulier pour lui remettre sous les yeux la douce et fragile créature. Elle croit le voir, elle le voit, tout entier, vivant, joyeux, avec ses mains délicates, sa tête ronde, ses lèvres pures, ses yeux sereins dont le blanc est bleu. Si c’est l’hiver, il est là, il rampe sur le tapis, il escalade laborieusement un tabouret, et la mère tremble qu’il n’approche du feu. Si c’est l’été, il se traîne dans la cour, dans le jardin, arrache l’herbe d’entre les pavés, regarde naïvement les grands chiens, les grands chevaux, sans peur, joue avec les coquillages, avec les fleurs, et fait gronder le jardinier qui trouve le sable dans les plates-bandes et la terre dans les allées. Tout rit, tout brille, tout joue autour de lui comme lui, jusqu’au souffle d’air et au rayon de soleil qui s’ébattent à l’envi dans les boucles follettes de ses cheveux. Le soulier montre tout cela à la mère et lui fait fondre le cœur comme le feu une cire.”

“Pourquoi les enfants sont si cruels ? On parle toujours de leur "innocence", alors que, d'après mes souvenirs de cours de récré, ils se comportent plutôt comme des petits cons. Il suffit d'être un pu trop gros, un peu trop grand, un peu trop roux, de sentir un peu trop fort... Il n'y a rien d'innocent dans les horreurs qu'on m'a balancées quand j'étais petite.”

“Car les questions vraiment graves ne sont que celles que peut formuler un enfant. Seules les questions les plus naïves sont vraiment de graves questions. Ce sont les interrogations auxquelles il n’est pas de réponse. Une question à laquelle il n’est pas de réponse est une barrière au-delà de laquelle il n’y a plus de chemins. Autrement dit : ce sont précisément les questions auxquelles il n’est pas de réponse qui marquent les limites des possibilités humaines et qui tracent les frontières de notre existence.”

“L'enfance délaisse les mythes conventionnels accordés à une enfance conventionnelle; elle se moque des fées d'enluminure, des monstres décoratifs, et mes fées à moi étaient le svelte boucher à la moustache aiguë, l'institutrice poitrinaire, le pharmacien; tout le monde était fée, c'est-à-dire isolé par le halo d'une existence inabordable, inviolable, à travers lequel je ne percevais que des gestes dont la continuité - dont la logique et ce qu'elle a de rassurant - m'échappait, dont chaque fragment me posait une nouvelle question, mot à mot : m'inquiétait.”

“Notre vie est déjà pleine de morts, et pour chacun le plus mort des morts est le petit garçon qu'il fut. Et pourtant l'heure venue, c'est lui qui reprendra sa place à la tête de ma vie, rassemblera mes pauvres années jusqu'à la dernière, et comme un jeune chef ses vétérans, ralliant la troupe en désordre entrera le premier dans la maison du Père.”

“Un secret. On ne partage jamais complètement l'enfance que l'on côtoie. C'est une richesse paradoxale de la paternité. Bien sûr on imagine, on rit ensemble, on suscite des joies. Mais comment savoir ce que l'enfsant ressent sur le cours de la rivière enchantée du Jadin d'acclimation? Comment éprouver de l'intérieur le bonheur qu'il éprouve à remporter un tournoi de ping-pong ? On reste toujours au bord. Pas à quai - on fait partie du voyage - mais un peu en retrait, juste à côté. Et si les joies sont quand même presque palpables, que dire des tristesses, où la distance s'amplifie, que dire de l'ennui, dont on ne sait presque rien ?”

“Jamais il ne commence une phrase par : La vie, tu verras … Je ne tiens de lui aucune parole de sagesse, aucune recommandation sur l’avenir, aucun cadeau de son expérience. Je ne l’entends pas m’encourager à faire mes premiers pas ni à tenir en équilibre sur un vélo. Il ne m’apprend ni à ma raser ni à planter un clou. Certes, j’entends parler ici ou là des principes fondateurs d’une vie d’homme, des bienfaits du travail, des vertus de la patience et des commandements de l’honnêteté, mais comment les faire siens si aucun être de confiance ne vous les souffle à l’oreille comme un secret dont vous êtes l’unique destinataire ? Même l’idiot, le taiseux, l’égocentrique, le poète ou le tyran, quelles que soient ses valeurs, se sent investi du devoir de les transmettre. Je me serais contenté d’un peu de sens commun, d’un poncif, d’un dicton populaire. Même un proverbe napolitain aurait fait l’affaire.”