“Je me plonge dans le moment où j'ai quitté la Syrie. Je comptais les secondes avant de franchir la frontière. Aujourd'hui, je ne compte pas, je n'ai pas peur. Je ne suis ni heureux ni triste. Comme si mes émotions s'étaient figées quelque part dans le monde. Je me suis échappé, discrètement, il y a dix ans, je rentre de la même manière. Voilà ce que ça signifie d'être condamné à l'exil. J'ai fui dans l'après midi et je reviens la nuit. Ces années ont passé très vite. L'espace d'une demi-journée ? Je ne vois pas le grand portrait du raïs, celui que j'ai aperçu lors de mon départ. Il n'y a que les chemins clandestins qui sont libres sur ce territoire de tyrannie. Mon besoin de retourner à la maison s'apaise. Ca sert à quoi d'être à nouveau dans un pays qui m'a fait plus de mal que de bien ? Le mieux, c'est de comprendre à quel point j'ai été chanceux de m'en extraire. De vivre librement, de m'épanouir ailleurs. Tout ce qu'il me reste ici se résume à la perte et aux chocs. Je ne veux plus rien savoir ni revoir. Les bâtiments écrasés comme les âmes. Les quartiers déserts de la vie. Quel sens ont les souvenir, la nostalgie, l'histoire, quand la terre est dirigée par l'horreur ?”
Quote by Omar Youssef Souleimane
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