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Quote by Françoise Vergès

“Derrière son apparente neutralité, le musée tient une place dans les processus de domination et dans la représentation que l’État-nation se fait de lui-même. Le pouvoir qu’il exerce ne s’appuie pas exclusivement sur son taux de fréquentation ou son prestige, mais aussi sur la transformation de tableaux et d’objets en symboles de la gloire nationale et de la richesse de la nation. Élevés au statut d’icônes d’une civilisation dite supérieure, reproduits à l’infini dans les manuels scolaires, sur les timbres, la vaisselle, les cartes postales ou les calendriers, ces objets sont devenus inséparables du récit occidental. On va au musée pour être éduqué·e non seulement à une histoire de l’art eurocentrée mais à une discipline du regard et du corps. Le musée se visite en silence, dans un recueillement propre à une conception de la réception de la beauté qui sied à la culture bourgeoise. Le musée est aussi un centre commercial, lieu privilégié du tourisme, un espace de hiérarchie sociale, de genre et de race, où la propriété privée et nationale sont de rigueur. Le musée universel reste le symbole pour les États, qu’ils soient libéraux ou autoritaires, de leur contribution à l’éducation de toute l’humanité.”

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Work

Programme de désordre absolu: Décoloniser le musée

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Author

Françoise Vergès

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“Oui, je sens que mon âme est cadenassée dans le verrou de mon corps, et qu’elle ne peut se dégager, pour fuir loin des rivages que frappe la mer humaine, et n’être plus témoin du spectacle de la meute livide des malheurs, poursuivant sans relâche, à travers les fondrières et les gouffres de l’abattement immense, les isards humains. Mais, je ne me plaindrai pas. J’ai reçu la vie comme une blessure, et j’ai défendu au suicide de guérir la cicatrice. Je veux que le Créateur en contemple, à chaque heure de son éternité, la crevasse béante. C’est le châtiment que je lui inflige.”

“Mon cœur s'est égaré sur une étoile ; comment pourrait-il se plaire avec la lune ? Celui à qui convient la poussière ne regarde pas la rose, quoique la rose soit plus prisée que la poussière ; et quiconque trouve pour son cœur un remède dans le vinaigre ne trouverait dans le miel qu'une augmentation de douleur.”

“Apparence de paix Pas de carnage ici, pas de mise à mort. Les drames de l'histoire sont parfois comme une musique qui demeure au fond d'un champ où l'on marche parmi le bruissement du maïs, aimanté par des oiseaux fous à l'orée du bois et sous un ciel que strie la fumée blanche d'un avion — en haute altitude, des voyageurs sans doute sirotent l'apéro dans une carlingue qui les protège du froid absolu — mais ici-bas sous le vent tiède de septembre la terre joue sa partition ancienne, les enfant des fermes s'en sont allés en sifflant dans l'herbe et des veuves inconsolables hantent toujours les parages de la rivière que l'on dit paresseuse, à croire que le jour entier va refermer sur elle sa masse bleue, elles seront dans la caverne du temps, les années chanteront leur absence et très haut, oiseaux et bolides iront vers ailleurs en ignorant tout de leurs peines, leurs douleurs, leurs coffres remplis de robes d'un autre âge.”