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Quote by Marcel Jouhandeau

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Marcel Jouhandeau

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“La lecture, acte de communication? Encore une blague de commentateurs! Ce que nous lisons, nous taisons. Le plaisir du livre lu, nous le gardons le plus souvent au secret de notre jalousie. Soit parce que nous n'y voyons pas matière a discours, soit parce que, avant d'en pouvoir dire un mot, il nous faut laisser le temps faire son délicieux travail de distillation. Ce silence-la est le garant de notre intimité. Le livre est lu mais nous y sommes encore. Sa seule évocation ouvre un refuge a nos refus.”

“(...) je me suis mis à boire comme d'habitude. Personne ne m'a adressé la parole jusque vers minuit et demi. Alors le père Manseau, resté jusque-là impassible et étranger au débat, s'est mis sur pied, péniblement, parce qu'il souffre de l'arthrite, et s'est approché de ma table. Sa figure bronzée, inexpressive, touchait presque mon oreille. - Je suis au courant de votre histoire, dit-il. Moué, c'est pas de mes affaires. Mais vous êtes nouveau icitte. Moué, ça fait soixante-deux ans que je promène ma carcasse. Eh ben, c'est pas bon pour la santé icitte de contrer les curés. Les ficelles, c'est eux autres qui les ont, vous comprenez... Il hésita quelques secondes puis ajouta en guise d'excuse: - Je dis ça, moué, au fond, personnellement, ça me fait ni chaud ni froid. Le jour, je travaille à la manufacture; le soir, je bois ma bière. Au fond, c'est pas ça qui me dérange. Mais c'est pour vous dire, vous comprenez... Je m'étais levé moi aussi et je m'aperçus que je serrais la main au père Manseau. Je ne sais s'il se rendit compte de mon émotion. Peu probable. Il n'en laissa, en tout cas, rien voir. Sans doute, sa mise en garde ne m'apprenait-elle rien de nouveau. Je savais à quoi m'en tenir. Mais c'était l'intention qui me touchait, le sentiment de fraternité, de solidarité peut-être que le père Manseau avait voulu exprimer - la fraternité d'un simple voisin de table tenu à l'écart par ses concitoyens bien-pensants à cause de son alcoolisme... ll me tira d'embarras en portant deux doigts à la visière de sa casquette de cuir: - À la revoyure, m'sieur Jodoin, pis bonne chance, là. Et il s'éloigna, oscillant, écarquillé, de sa démarche raide de pantin, sans presque plier les genoux. Mon émotion tomba vite; heureusement, car je n'aime pas être ému. D'ailleurs, ayant bu tout mon soûl, j'étais protégé des cinglures du monde extérieur.”

“En considérant cet enchaînement de fondations, de résurrections et de catastrophes, on croit saisir un fil qui relie les divers efforts, en bonne partie vains, du monde hellénistico-romain pour sauver ses livres. Tout commence avec Alexandrie : Pergame, Antioche, Rome, Athènes ne sont que des répliques. La dernière réincarnation aura lieu à Byzance, et ce sera encore une fois une bibliothèque dans un palais : celui de l'empereur et celui du patriarche. Les destructions, les ruines, les saccages, les incendies frappèrent surtout les grands rassemblements de livres, placés, selon la règle, au centre du pouvoir. Les bibliothèques de Byzance ne firent pas non plus exception. C'est pourquoi, ce qui à la fin est resté ne vient pas des grands centres, mais de lieux "marginaux" (les couvents) ou de copies privées sporadiques.”