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Vie Quotes

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Vie Quotes

“Oui, je sens que mon âme est cadenassée dans le verrou de mon corps, et qu’elle ne peut se dégager, pour fuir loin des rivages que frappe la mer humaine, et n’être plus témoin du spectacle de la meute livide des malheurs, poursuivant sans relâche, à travers les fondrières et les gouffres de l’abattement immense, les isards humains. Mais, je ne me plaindrai pas. J’ai reçu la vie comme une blessure, et j’ai défendu au suicide de guérir la cicatrice. Je veux que le Créateur en contemple, à chaque heure de son éternité, la crevasse béante. C’est le châtiment que je lui inflige.”

“Il en va des paysages comme des êtres ou des musiques qui nous bouleversent. Ils nous précipitent au cœur de nous-mêmes et nous jettent bien au-delà d'eux dans un mouvement violent, douloureux, lumineux. On en revient différent et tout étonné d'avoir approché le feu qui ressemble si fort à la vérité, et que ce soit si simple. On sait qu'il faudra recommencer, être attentif, réceptif, disponible parce que chaque instant et chaque émotion tournent comme la lumière du jour.”

“Rien, jamais, en effet, ne remplacera le compagnon perdu. On ne se crée point de vieux camarades. Rien ne vaut le trésor de tant de souvenirs communs, de tant de mauvaises heures vécues ensemble, de tant de brouilles, de réconciliations, de mouvements du coeur. On ne reconstruit pas ces amitiés-là. Il est vain, si l'on plante un chêne, d'espérer s'abriter bientôt sous son feuillage.”

“L'Inceste est vraiment le livre où je me présente comme une grosse merde, tout écrivain doit le faire une fois, après on verra. Ou peut-être le faire plusieurs fois, ou peut-être ne faire que ça. Ecrire c'est peut-être ne faire que ça, montrer la grosse merde en soi. Bien sûr que non. Vous êtes prêts à croire n'importe quoi. Ecrire n'est pas une seule chose. Ecrire c'est tout. Dans la limite. Toujours. De la vie, de soi, du stylo, de la taille et du poids. (L'inceste p.202)”

“Crois-moi, il n'y a pas de grand douleur, pas de grands repentirs, de grands souvenirs. Tout s'oublie, même les grandes amours. C'est ce qu'il y a de triste et d'exaltant à la fois dans la vie. Il y a seulement une certaine façon de voir les choses et elle surgit de temps en temps. C'est pour ça qu'il est bon quand même d'avoir eu un grand amour, une passion malheureuse dans sa vie. Ça fait du moins un alibi pour les désespoirs sans raison dont nous sommes accables.”

“Nous pouvons dire qu'en matière biologique, c'est le pathos qui conditionne le logos parce qu'il l'appelle. C'est l'anormal qui suscite l'intérêt théorique pour le normal. Des normes ne sont reconnues pour telles que dans des infractions. Des fonctions ne sont révélées que par leur ratés. La vie ne s'élève à la conscience et à la science d'elle-même que par l'inadaptation, l'échec et la douleur.”

“Refuser de faire quelque chose parce qu'on l'a déjà fait, parce qu'on a déjà vécu l'expérience, conduit rapidement à une destruction, pour soi-même comme pour les autres, de toute raison de vivre comme de tout futur possible, et vous plonge dans un ennui pesant qui finit par se transformer en une amertume atroce, accompagnée de haine et de rancoeur à l'égard de ceux qui appartiennent encore à la vie.”

“Phobos et dysthymiè circonscrivent l'un et l'autre une difficulté intime, un désordre intérieur du sujet par rapport aux sollicitations extérieures. Le phobos, expression d'abord cynégétique ou militaire de l'effarouchement, signifie la fuite angoissée, soudaine, irréfléchie, devant la réalité, engageant tour à tour l'agitation panique et le repli prostré. La dysthymie, c'est l'atteinte de ce principe de vie qu'est le thymos, sorte de plexus solaire de l'âme ; le vocable suggère la déroute de la ligne de vie, un malaise écœuré devant l'existence : plus même que la crainte, presque la hantise de vivre, le mal de vivre, une éclipse du plexus solaire, prenant comme la phobie la double voie du repli sur soi et de la perte panique de soi. Se profile dans l'un et l'autre vocable ainsi compris la double extension du modèle mélancolique promise par l'histoire ancienne et moderne : d'un côté vers la dépression, figure de prostration ; de l'autre vers le délire, manifestation panique.”

“Il eut soudain envie d'abandonner ses projets, de sortir dans la nuit et de partir. Il allait traverser les montagnes enneigées, sans s'arrêter, et parcourir les cents lieus qui le séparaient de l'Auvergne, et là-bas se réfugier dans sa vieille caverne et s'y endormir pour ne jamais se réveiller. Mais il n'en fit rien. Il resta assis et ne céda pas, parce que c'était chez lui une envie ancienne, de partir et de se réfugier dans sa caverne. Il connaissait cela. Ce qu'en revanche il ne connaissait pas encore, c'était de posséder un parfum humain, aussi magnifique que le parfum de la jeune fille derrière le mur. Et quoiqu'il sût devoir payer cruellement la possession de ce parfum de sa perte ultérieure, cette possession et cette perte lui parurent plus désirables que de renoncer abruptement à l'une comme à l'autre. Car il avait passé sa vie à renoncer. Tandis que jamais encore il n'avait possédé et perdu.”