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Féminisme Quotes

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Féminisme Quotes

“Coup d'œil dans la vitrine d'une bijouterie, pleine d'or et de réveils. C'est entre effroi et amusement. Sa propre allure. Elle ressemble à d'autres filles qu'elle. Jamais auparavant elle n'avait cru que c'était possible, sortir comme ça et que personne ne s'exclame : « Mais qu'est-ce que c'est que cette imposture ? » Cette allure qu'elle a, jambes sublimées, silhouette transformée. Et personne ne se rend compte qu'elle n'est pas du tout comme ça. C'est la première fois qu'elle comprend, qu'en fait aucune fille n'est comme ça.”

“Il n'est plus question de pays ni de terre. Pas d'archétype non plus. Rien qui soit rattaché à quelque région, ville, place, maison. Dans les yeux de l'Américain, j'ai compris cela : le seul endroit sur Terre dont je peux revendiquer l'appartenance est le périmètre de ma peau. C'est là seul, le vrai lieu qui est mien. Et le désir qui le hante, l'appétit, la souveraine pulsion de vie, me rappellent à chaque instant ses contours, ses reliefs, sa présence. ~ p 140”

“Je me souviens que, petite, on me disait de « me baisser comme il faut pour balayer, comme une fille ». Ce qui signifiait que balayer était un truc de fille. J’aurais préféré qu’on me dise simplement : « baisse-toi et balaie comme il faut, parce que le sol sera plus propre ainsi. » Et j’aurais préféré qu’on dise la même chose à mes frères.”

“J’écris donc d’ici, de chez les invendues, les tordues, celles qui ont le crâne rasée, celles qui ne savent pas s’habiller, celles qui ont peur de puer, celles qui ont les chicots pourris, celles qui ne savent pas s’y prendre, celles à qui les hommes ne font pas de cadeau, celles qui baiseraient n’importe qui voulant bien d’elles, les grosses putes, les petites salopes, les femmes à chatte toujours sèche, celles qui ont un gros bides, celles qui voudraient être des hommes, celles qui se prennent pour des hommes, celles qui rêvent de faire hardeuses, celles qui n’en ont rien à foutre des mecs mais que leurs copines intéressent, celles qui ont un gros cul, celles qui ont les poils drus et bien noirs et qui ne vont pas se faire épiler, les femmes brutales, bruyantes, celles qui cassent tout sur leur passage, celles qui n’aiment pas les parfumeries, celles qui se mettent du rouge trop rouge, celles qui sont trop mal foutues pour pouvoir se saper comme des chaudasses mais qui en crèvent d’envie, celles qui veulent porter des fringues d’hommes et la barbe dans la rue, celles qui veulent tout montrer, celles qui sont pudiques par complexe, celles qui ne savent pas dire non, celles qu’on enferme pour les mater, celles qui font peur, celles qui font pitié, celles qui ne font pas envie, celles qui ont la peau flasque, des rides plein la face, celles qui rêvent de se faire lifter, liposucer, péter le nez pour le refaire mais qui n’ont pas l’argent pour le faire, celles qui ne ressemblent à rien, celles qui ne comptent que sur elles-mêmes pour se protéger, celles qui ne savent pas être rassurantes, celles qui s’en foutent de leurs enfants, celles qui aiment boire jusqu’à se vautrer par terre dans les bars, celles qui ne savent pas se tenir.”

“J’écris de chez les moches, pour les moches, les vieilles, les camionneuses, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, les hystériques, les tarées, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf. Et je commence par là pour que les choses soient claires : je ne m’excuse de rien, je ne viens pas me plaindre. Je n’échangerais ma place contre aucune autre parce qu’être Virginie Despentes me semble être une affaire plus intéressante à mener que n’importe quelle autre affaire. Je trouve ça formidable qu’il y ait aussi des femmes qui aiment séduire, qui sachent séduire, d’autres se faire épouser, des qui sentent le sexe et d’autres le gâteau du goûter des enfants qui sortent de l’école. Formidable qu’il y en ait de très douces, d’autres épanouies dans leur féminité, qu’il y en ait de jeunes, très belles, d’autres coquettes et rayonnantes. Franchement, je suis bien contente pour toutes celles à qui les choses telles qu’elles sont conviennent. C’est dit sans la moindre ironie. Il se trouve simplement que je ne fais pas partie de celles-là. Bien sûr que je n’écrirais pas ce que j’écris si j’étais belle, belle à changer l’attitude de tous les hommes que je croise. C’est en tant que prolotte de la féminité que je parle, que j’ai parlé hier et que je recommence aujourd’hui (p. 9-10).”

“Mais quand la femme est livrée au mâle comme son bien, ce que celui-ci réclame, c'est que chez elle la chaire soit présente dans sa pure facticité. Son corps n'est pas saisi comme le rayonnement d'une subjectivité, mais comme une chose empâtée dans son immanence ; il ne faut pas que ce corps renvoie au reste du monde, il ne doit pas être promesse d'autre chose que de lui-même : il lui faut arréter le désir.”

“refusez l'injonction millénaire de faire à tout prix des enfants. Elle est insupportable et réduit les femmes à un ventre. Dépossédées de tout pouvoir, elles n'ont longtemps eu droit qu'à ce destin : perpétuer l'humanité. Et malheur aux femmes stériles (qu'on ne se privait pas de répudier) ou au choix de la "nullipare" : il était incompréhensible, sinon répréhensible. La "mère" était souveraine. La littérature, les conventions sociales, la publicité, les lois en ont créé un stéréotype, que l'on met sur un piédestal, auréolé de son abnégation et de son oubli d'elle-même. On méprise la femme, mais on vénère la mère, dont l'enfant devient l'ornement.”

“En réalité, le féminisme n'est pas une opinion. C'est une expertise qui s'appuie sur un ensemble de savoirs philosophiques, sociologiques, biologiques, des rapports chiffrés, des concepts, issus aussi bien des milieux universitaires que des milieux associatifs et militants. Le féminisme, plutôt que d'introduire un biais idéologique, permet au contraire de dévoiler les biais sexistes qui polluent notre vision du monde sans même que nous en ayons conscience.”

“D’où, par exemple, l’importance, comme le pointe Jackson Katz, de ne pas utiliser la voix passive qui efface la subjectivité de l’agresseur quand on parle de violence envers les femmes : ne pas dire que les femmes sont battues ; puisqu’elles sont battues par des hommes, dire que des hommes les battent. Ne pas dire que des femmes sont victimes d’agressions sexuelles ; dire que des hommes les ont agressées sexuellement. Et ainsi, faire porter aux hommes leur responsabilité.”

“À quoi ressemblerait une ville non sexiste ? demandait Dolores Hayden. À des espaces communs et coopératifs (des immeubles d’habitation construits autour de cours intérieures, ou des quartiers où il est possible de faire du covoiturage), des rues et des parcs sécuritaires, c’est-à-dire accessibles et bien éclairés, des réseaux de transport collectif (métro, autobus, vélos) aux horaires agencés et adaptés aux vies des femmes, plus à même de se déplacer plusieurs fois par jour (elles sont encore souvent responsables des tâches domestiques, des soins à donner, en plus du travail salarié, et sont plus fréquemment pigistes que leurs pairs). À Vienne, en 1993, des urbanistes ont développé le projet Frauen-Werk-Stadt (Femmes-Travail-Ville), élaborant des immeubles à logements, où on trouvait aussi des garderies, des pharmacies, des cliniques médicales. La Ville de Vienne elle-même, prenant le relais, a élargi les trottoirs, éclairé les sentiers et les ruelles, redessiné les parcs afin qu’on puisse y circuler en sécurité.”

“Ces oppositions épidermiques montrent que les deux parties en présence se méconnaissent et caricaturent leur adversaire. C'est compliqué et douloureux. Par tempérament, par pragmatisme (l'union fait la force), par méfiance aussi à l'égard d'une culture politique française très marquée par la conflictualité, féminisme inclus, je n'ai pas envie de faire l'éloge de la querelle, je ne veux pas l'entretenir. L'une des caractéristiques contemporaines est la fin du paradigme universaliste. Les recherches sur l'histoire des femmes y ont contribué, en montrant l'exclusion des femmes de l'universel, un universel qui se réduit donc à une minorité s'octroyant des droits refusés à la majorité de la population. [...] Vous insistez sur les "querelles" et c'est ainsi que le féminisme est approché par les médias, toujours. Cette insistance n'est-elle pas suspecte? Ne fait-elle pas le jeu des adversaires? Pour contribuer à la convergence des luttes, il faudrait peut-être aussi penser à ce qui réunit. Sur la notion d'importation, il faudrait aussi un peu réfléchir car c'est en tant que produit d'origine étrangère que le féminisme a été combattu en France dès le XIXe siècle. C'est une méthode commode pour disqualifier des idées et des pratiques que l'on veut combattre.”

“Je voudrais pouvoir porter plainte, mais je suis furieuse de n’avoir d’autre recours que celui que m’impose la justice. […] Je voudrais un monde où il serait possible de reconnaître que la vertu de la victime est une fiction, un confort, une arnaque, qu’on peut être prise pour cible sans être irréprochable, qu’on peut avoir menti, traîné, pesté, et joui sans porter la moindre responsabilité de ce qui nous est arrivé. Je voudrais que l’on écoute les plaintes auxquelles il manque des morceaux. Les amnésiques, les bordéliques, les timides et les névrotiques, celles qui ont peur, celles qui ont mal, ne savent plus ou ne veulent plus savoir, celles qui ne veulent pas de réparation, n’en attendent plus, celles qui parlent pour en finir et celles qui veulent juste être prises dans les bras de quelqu’un. Je voudrais que les juges se rappellent un peu, parfois, qu’on a souvent davantage envie d’un regard que d’une sanction pénale. Il ne s’agit pas de punir. Il s’agirait de me guérir.”

“Mais plus générale est chez l'homme sa révolte contre sa condition charnelle ; il se considère comme un dieu déchu : sa malédiction c'est d'être tombé d'un ciel lumineux et ordonné dans les ténèbres chaotiques du ventre maternel. [...] Il se voudrait nécessaire comme une pure Idée, comme l'Un, le Tout, l'Esprit absolu ; et il se trouve enfermé dans un corps limité, dans un lieu et un temps qu'il n'a pas choisis, où il n'était pas appelé, inutile, encombrant absurde.”

“Si on admet que la conscience inessentielle est elle aussi une subjectivité translucide, capable d'opérer le Cogito, on admet qu'elle est en vérité souveraine et qu'elle retourne à l'essentiel ; pour que toute réciprocité apparaisse impossible, il faut que l'Autre soit pour soi un autre, que sa subjectivité même soit affectée par l'altérité ; cette conscience qui serait aliénée en tant que conscience, dans sa pure présence immanente, serait évidemment Mystère ; elle serait Mystère en soi du fait qu'elle le serait pour soi; elle serait le Mystère absolu.”

“Le fait qu'une femme soit une femelle ne « réduit » pas son humanité en la transformant en un ensemble de partie du corps (contrairement à ce qui se passe, par exemple, lorsqu'on appelle les femmes des « personnes à utérus » ou des "personnes à vagin »). Il n'y a rien d'intrinsèquement « limitatif » ou « réducteur » dans le fait d'être perçue comme une femelle humaine, à moins que vous ne pensiez qu'« être femelle » constitue un état intrinsèquement limité ou diminué. Mais pensez cela, à mon avis, relève de la misogynie.”

“[...] c'est qu'on accuse l'ensemble des féministes d'être de mèche avec le chien, et ce n'est pas tout à fait faux car les femmes qui se battent pour voter ne comprennent souvent pas pourquoi déclarer les guerres, fabriquer les lois et violer les femmes, cela ne suffit pas à contenter les hommes, pourquoi il leur faut de surcroit démembrer les animaux qu'ils croisent; ce que nombre d'entre elles comprennent, par contre, c'est que la force mâle qui meurtrit le corps des femmes et celui des bêtes est la même, que cette force dit de la femme qu'elle est une chienne et des bêtes qu'elles sont autant de biens, que cette force décrète ce qui mérite ou non de vivre et surtout à quelle place, que cette force conquiert la viande par son fusil ou par son sexe droit - instruites de ce savoir acquis dans la blessure et l'ombre, ces femmes ouvrent grand la nuit en s'écriant: le sang ne passera pas par nous!”

“J'entends souvent dire qu'un moyen imbattable contre les regards irrespectueux et déshabillants serait de regarder certaines parties du corps de l'agresseur avec insistance. Mais le regard ainsi rendu a de fortes chances de ne pas être interprété de a même façon par l'agresseur que par la victime, et encore moins s'il s'agit d'attouchements dérangeants... La raison est qu'une agression n'a pas lieu dans le vide, qu'il y a toujours tout un système sociétal de normes, de valeurs et de mœurs qui permettent ou interdisent la transgression et qui font qu'agresseur et victime l'interprètent ou non comme une agression. Souvent, il s'agit d'une situation sociale inégale entre agresseur et victime, comme par exemple dans le cas du harcèlement sexuel au travail. Dans ce système, le renversement de l'agression dans l'autre sens ne peut pas fonctionner car le "miroir" n'est pas soutenu par le même système sociétal. Nous pouvons comprendre une blague sur les belle-mères méchantes, même quand nous ne la trouvons pas drôle, parce qu'il y a toute une imagerie partagée sur ce thème. Par contre une blague sur un beau-père serait incompréhensible car ce même cadre de référence fait défaut. Une femme qui regarde avec insistance l'entrejambe d'un homme ne sera que rarement interprétée comme étant une harceleuse sexuelle, mais plutôt comme une nymphomane ou une prostituée.”

“Qu'attendent les femmes pour se lever et crier "Assez !" Trop d'entre elles consentent à leur oppression. Cela paraît insensé, bien sûr, mais religion et culture se liguent depuis des siècles pour fonder ce consentement mû en complicité. Victimes d'enfermement, elles se laissent leurrer par les fleurs de leur maître, ses hymnes à la fée du logis, ses éloges à la déesse de leur cœur. [...] Le trône est une prison, elles le découvrent très vite mais s'y résignent, cherchant désespérément à y trouver quelque avantage pour éviter la blessure, sauver l'honneur, sauver leur peau, quitte à entretenir et reproduire le système. Complices, donc. Et c'est terrible. Le sort des femmes n'échappe pas à la règle qui perpétue les grandes oppressions de l'Histoire : sans le consentement de l'opprimé -individu, peuple, ou moitié de l'humanité-, ces oppressions ne pourraient durer.”

“Loin d’être ridicules ou pitoyables, ces héros, ces héroïnes oubliés {du 19e siècle} ont quelque chose de sublime qui manque au féminisme ou au socialisme d’aujourd’hui. Il ne ne faut pas les aimer malgré leurs erreurs ou leurs extravagances, mais pour ces erreurs et ces folies précisément, et pour cette leçon d’espérance qu’ils ont donnée à tous les opprimés du monde. Leurs utopies sont devenues, un siècle plus tard, nos réalités.”