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L Quotes

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“Les histoires de ma mère, accompagnées de sa voix en colère, amusée, malgré tout reconnaissante à sa jeunesse, faisaient passer mes douleurs. J’oubliais même que j’existais quand elle racontait. J’étais un petit sac vide rempli du souffle de ses histoires. Quand elle en avait assez, elle s’interrompait brusquement. « Maintenant ça suffit. » Le petit sac en papier crevait brusquement. Et je redevenais moi-même.”

“Les hommes méconnaissent bien des choses. Une jeune fille préférera toujours un homme malheureux, parce que toute jeune fille est tentée par un amour actif… Tu comprends ? Actif ! Les hommes sont trop occupés, l’amour pour eux est une chose de troisième plan. Bavarder avec sa femme, se promener avec elle au jardin, verser quelques larmes sur sa tombe – c’est tout. Et pour nous, l’amour est la vie même. Je t’aime, cela signifie que je cherche à dissiper ta tristesse, que je veux te suivre au bout du monde… Tu escalades une montagne, je l’escalade avec toi, tu descends dans un ravin, je descends avec toi.”

“Les hommes ne sont convaincus de vos raisons, de votre sincérité, et de la gravité de vos peines, que par votre mort. Tant que vous êtes en vie, votre cas est douteux, vous n'avez droit qu'à leur scepticisme. Alors, s'il y avait une seule certitude qu'on puisse jouir du spectacle, cela vaudrait la peine de leur prouver ce qu'ils ne veulent pas croire, et de les étonner. Mais vous vous tuez et qu'importe qu'ils vous croient ou non : vous n'êtes pas là pour recueillir leur étonnement et leur contrition, d'ailleurs fugace, pour assister enfin, selon le rêve de chaque homme, à vos propres funérailles. Pour cesser d'être douteux, il faut cesser d'être, tout bellement.”

“Les images ont des insinuations diaboliques. Mes parents ont inconsidérément punaisé des reproductions arrachées à des pages de magazine, sans autre souci de présentation, de deux tableaux assez célèbres : la terrasse de café d'une nuit d'été à Arles, par Van Gogh, qui s'est muée en imae presque abstraite de la chaleur molle, de la déliquescence, de la vacance, de l'été (une préfiguration aussi du plaisir que mon corps adulte pourrait me faire connaître), et Le Cri de Munch, qui s'est mué, lente défiguration du personnage déjà défiguré, en image de la peur et de la mort.”

“Les Japonais du Pacifique ne cherchent pas à sauver leur vie; ils pensent que leur pays va disparaître : qui voudrait survivre à cela? Et si l'on ne peut plus empêcher leur victoire, c'est quelque chose à faire encore, de priver l'adversaire des vaincus. Car de toutes les civilisations, celle des États-Unis d'Amérique a ceci de particulier qu'elle a besoin de vaincus. Elle a besoin de ces Japonais désespérés, elle a besoin d'Allemands et d'Italiens pouilleux et martyrisés, elle a besoin de Français et de Belges honteux, elle a besoin d'eux comme un fils aimant et dément rêve que ses parents soient gâteux, afin de pouvoir les nourrir, de les aider à reconstruire, de leur prêter de l'argent, de leur vendre, de leur acheter.”

“Les jours de grande marée, on attend que la mer se soit bien retirée et on se dépêche, avant qu'elle ne remonte, d'aller à la pêche aux crabes. On se met des espadrilles en caoutchouc blanc pour ne pas déraper sur les algues et, le seau rempli d'eau de mer d'une main, l'épuiette de l'autre, on s'éloigne de la plage jusqu'à ce grand rocher bizarrement découpé, qui ferme la baie, et dans lequel on voit tantôt un our, tantôt un homme qui porte un enfant sur ses épaules. De cette journée il y a un moment délicieux : celui où l'on ressort d'une flaque une grouillée de crevettes et où sort d'une flaque une grouillée de crevettes et où les doigts délicats doivent être plus malins que ces corps translucides, faisant le mort, qui se confondent en glissant entre les mailles du filet.”

“Les lois de la physique et de la chimie ne varient pas selon la santé ou la maladie. Mais ne pas vouloir admettre d'un point de vue biologique que la vie ne fait pas de différence entre ses états, c'est se condamner à ne pas même pouvoir distinguer un aliment d'un excrément. Certes, l'excrément d'un vivant peut être aliment pour un autre vivant, mais non pour lui. Ce qui distingue un aliment d'un excrément ce n'est pas une réalité physico-chimique, c'est une valeur biologique.”

“Les légendes sur le Palais sont innombrables: on dit que l'ensemble obéit à des principes ésotériques, qu'un coiffeur y tint secrètement salon des années durant, que les rares plans qui avaient survécu brûlèrent à la fin de la Seconde Guerre mondiale, qu'Orson Welles voulut y tourner Le Procès. Certains faits sont avérés: Léon Foucault y renouvela l'expérience du pendule et Adolf Hitler, grand admirateur de l'édifice, demanda à Speer d'en faire de minutieux croquis, au lendemain de l'invasion de la Belgique. De Poelaert, les habitants de Marolles gardèrent un souvenir qui s'est transmis jusqu'à nos jours. 'Architecte!' demeure l'une des insultes les plus graves dont on puisse se faire traiter.”